Mais l’origine véritable du Ruisseau fantôme n’est plus visible, ne le sera plus. Rize est bien une sorcière, d’avoir survécu à la submersion de sa Source par les flots de Canal. Une sorcière aussi de l’avoir menée jusqu’à cet humain qui s’est choisi un prénom identique à celui du personnage de fiction pour lequel elle enquêtait sur cette Source.
Wendy Delorme, Le Parlement de l’Eau
Rencontre impromptue en choisissant une rangée pour m’installer au cinéma – je suis accompagnée – avec les enfants ?… Joanna Delon me demande si le petit garçon qu’elle m’avait conseillé a finalement été choisi. Elle me montre un extrait de film dans lequel il joue. Je ne reconnais pas l’enfant. Je pense qu’il a finalement été choisi sur Paris. Dans le rêve il y a aussi une sorte de scène de travail dans une petite salle autour d’un texte. Pour un film ? Un spectacle ?… Il y a une jeune femme brune qui ressemble à Itzel la jeune poétesse mexicaine rencontrée il y a deux semaines. Il y a aussi – comme une publicité – assis frontalement sur plusieurs rangées de siège de cinéma de jeunes couples. Iels sont plusieurs mais. C’est toujours le même couple.
Une entrée sombre, un escalier de métal. Une lueur en contrebas, qui vient de l’Eau. Une Eau translucide, aux reflets vert bleuté. Pas le vert malade des algues d’Eaux croupies, mais le bel émeraude des Eaux de Rhône, filtrées jusqu’ici par ses couches alluviales, ses graviers et ses sables fins. Une Eau si transparente qu’on voit le moindre détail au fond. […] Neuf voûtes de plusieurs mètres de large, taillées dans une pierre claire, sur lesquelles se forment de minces dentelles de stalactites calcaires. Tandis que ses yeux vont des arches à la surface luminescente du Bassin, elle ne sait ce qu’elle admire le plus : l’œuvre architecturale pensée par l’humain, ou la pureté des Eaux ainsi clarifiées par les sables de Rhône. C’est la première fois qu’elle ressent à ce point la parfaite harmonie que peuvent former les entités naturelles avec l’ingénierie humaine. […] dans une beauté aquatique et minérale dont la féérie est plus intime, plus mystérieuse qu’aucun spectacle d’Eau et de lumière jamais vu par elle. […] Quelque chose de profond et de calme, serein et recueilli.
Wendy Delorme, Le Parlement de l’Eau
Quand elle décrit sa visite des Bassins filtrants de l’ancienne usine de purification de l’Eau du faubourg Saint-Clair à Lyon. Je pense immédiatement à notre visite durant l’été 2022 de la Grotte Saint-Marcel (aménagée par l’humain) – à la frontière du Gard & de l’Ardèche – tellement magique & impressionnante. Je pense aussi à ce second atelier proposé par Julie auquel je souhaite m’inscrire – il faut que je m’en occupe – sur nos ancêtres les sorcières. Je pense à ma grand-mère maternelle mamie Marcelle. Je me dis peu importe le genre. C’est un signe. Marcel/Marcelle. J’y avais pensé déjà à l’époque. Je pense à l’eau. Aux cavités. Au chant de.
De la fluidité du chant de l’eau à la voix lointaine de ma grand-mère chantant des airs populaires ou d’opéra à présent éternellement.
Cette impression de traversée. Mardi/Mercredi traverser l’espace temps du rhume petite maladie éphémère. J’étais autre. Ailleurs d’ailleurs. En quelque sorte en pause. Tellement différente de celle que je suis habituellement. Mais quand le corps parle il faut savoir l’écouter. Il était même impossible de lutter. Poursuivre mes multiples activités avec une énergie à toute épreuve n’était tout bonnement pas réalisable. Il fallait s’arrêter. Dormir. D’une certaine manière se. Reconstruire. Ça commence à aller mieux je le sens aujourd’hui. Rester cependant vigilante.
C’étaient de très grands vents… Sur cette terre. Mistral gagnant. Et tremble le cèdre du Liban. Et frémissent les arbres de Judée.
Nous nous retrouvons Charlotte & moi chez elle cette fois pour travailler notre version vingt minutes de De l’urgence de vivre au ralenti. Après un thé au miel salvateur près du feu de cheminée nous avançons bien. Trajet nouveaux itinéraires-Lenteur-Épuisement-Désir. Nous coupons réduisons essentiellisons. Ça bruisse.
Sur la route du retour des arbres sont tombés soufflés par la puissance du vent. Se méfier des branches isolées qui s’envolent au rythme des rafales.
Ce soir la double lecture Lessive de Victor Malzac et Féérie de Gabriel Gauthier organisée par ActOral a été déplacée à la Librairie Mazette. Les jardins des Sœurs Franciscaines de La Cômerie ont été fermés au public pour cause de vent violent. Ce n’est pas grave & tout aussi passionnant. Revoir & entendre Victor Malzac est toujours un moment fort. Découvrir l’univers très subtil de Gabriel Gauthier est touchant.
Les difficultés que nous rencontrons avec les livres, nous les rencontrons aussi avec les gens. Ils sont durs à cerner. Il ne nous reste d’eux qu’une pensée sommaire dont on n’est même pas sûr qu’elle était dans le livre, désignait la personne. Pourtant c’est elle que nous gardons. J’aimerais appeler ce raccourci que nous faisons à longueur de temps avec les livres quand nous les avons finis, avec les gens quand nous arrêtons de les voir, par exemple quand ils meurent – une féerie.
Gabriel Gauthier
Richesse de ces moments de ces. Rencontres. Lectures. Textes. Univers. Ainsi que des discussions passionnantes qui s’en suivent. Sur la question du genre de la pertinence ou non de l’écriture inclusive sur la question de l’écriture poétique & romanesque sur la question du temps de l’écriture la question du réel & de l’imaginaire. Sur la véracité & le crédible. Sur les inspirations secrètes. Sur la différence entre l’être-écrivant et le statut social de l’être-écrivain – la qualité n’étant l’apanage ni de l’un ni de l’autre. Sur l’oralité. Sur la liberté incontrôlable & implicite à l’écriture dans des carnets/cahiers. Sur la responsabilité de ce que l’on écrit. Sur nos différentes manières de.
Je pense encore. L’écriture est un élégant tissage entre réel & fiction. Elle est traduction interprétation transformation. (inextricable brassage du réel à l’imaginaire & de l’imaginaire au réel). Quand nous lisons &/ou quand nous écrivons nous sommes entièrement DANS le livre. Comme plongé·e·s. Happé·e·s. Plus rien n’existe autour. Le monde réel ce qui reste en dehors du livre n’existe plus. Nous habitons la réalité du livre que nous tenons entre nos mains. & c’est jouissif. & c’est bonheur. & salvateur. Une résistance capitale à la violence du monde.
E.S.
Journal poétique 2026 (extrait)
Et si vous souhaitez traverser vous remémorer vous attarder sur 2022 et/ou sur 2023, on peut poursuivre la lecture en commandant sur le site de Les Amis de Jacques Flament Éditions :
2022 : https://www.jacquesflamenteditions.com/546-ciel-etoile…/
2023 : https://www.jacquesflamenteditions.com/582-chant-des…/


